La startup sénégalaise EYONE construit un système de santé interconnecté soutenu par l’intelligence artificielle
La transformation digitale de la santé en Afrique ne se joue pas seulement dans les applications mobiles ou la télémédecine. Elle se joue dans l’infrastructure. C’est précisément sur ce terrain...
La transformation digitale de la santé en Afrique ne se joue pas seulement dans les applications mobiles ou la télémédecine. Elle se joue dans l’infrastructure. C’est précisément sur ce terrain qu’intervient EYONE, startup sénégalaise fondée en 2015, qui développe une plateforme d’interopérabilité destinée à centraliser les dossiers patients et à connecter les acteurs du système de soins.
Au programme
Une réponse structurelle à un problème structurel
Dans de nombreux pays africains, les données médicales sont encore fragmentées avec des dossiers papier, des logiciels pas toujours compatibles, ou encore l’absence de continuité entre structures publiques et privées. Résultat : perte d’informations, répétition d’examens, difficulté à suivre un patient sur la durée.
La solution développée par Eyone, la Eyone Medical Suite, repose sur un Dossier Patient Unique Informatisé (DPUI). Déployée dans plus de 400 structures au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Gabon, la plateforme permet de centraliser les données médicales et de les rendre accessibles, de manière sécurisée, aux professionnels autorisés. L’intégration progressive de l’IA vise notamment à limiter les doublons d’examens et à améliorer la coordination des soins.
L’enjeu dépasse la simple digitalisation. Il s’agit de poser les bases d’un système de santé interconnecté.
Un positionnement stratégique dans la HealthTech africaine
Les levées de fonds successives, 1 million USD en 2024, puis deux investissements d’1 milliard FCFA en 2025 et 2026, montrent que les investisseurs perçoivent le potentiel d’Eyone comme infrastructure critique. À la différence de nombreuses startups orientées B2C, Eyone opère sur un modèle B2B et institutionnel, plus long à déployer mais plus structurant.
Ce choix implique un travail étroit avec les ministères, les hôpitaux, les assureurs et parfois les banques. L’adoption dépend autant de la technologie que de la capacité à accompagner le changement auprès des équipes médicales.
Les vrais défis : gouvernance, confiance et passage à l’échelle
Eyone contribue à structurer un cadre plus lisible autour de la gouvernance des données de santé en Afrique. De la collecte au stockage, jusqu’à la transmission et à l’harmonisation des standards, chaque maillon pose des questions sensibles en matière de sécurité, de conformité et de contrôle. D’autant plus qu’aujourd’hui, la souveraineté numérique s’impose comme un enjeu stratégique majeur, et des acteurs locaux comme Eyone ont la capacité d’y répondre avec une compréhension fine des réalités réglementaires et opérationnelles du terrain.
L’expansion vers le Mali, le Cameroun ou encore la France ouvre une interrogation intéressante : une HealthTech africaine peut-elle exporter son modèle vers d’autres marchés réglementés ?
Eyone nous prouve qu’il existe des opportunités majeures dans la construction d’infrastructures invisibles mais essentielles. Pour les décideurs publics et investisseurs, c’est un rappel : la modernisation des systèmes de santé africains passera par des acteurs capables d’allier technologie, conformité et compréhension fine des réalités locales.



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