Comment l’intelligence artificielle va vraiment aider à combler le manque de médecins au Sénégal
Face au manque de médecins, aux longues distances à parcourir pour consulter un spécialiste et aux difficultés d’accès aux soins dans certaines régions, l’intelligence artificielle pourrait devenir...
Face au manque de médecins, aux longues distances à parcourir pour consulter un spécialiste et aux difficultés d’accès aux soins dans certaines régions, l’intelligence artificielle pourrait devenir un outil précieux pour le système de santé sénégalais. Du diagnostic assisté aux plateformes de santé numérique, plusieurs initiatives montrent déjà son potentiel. Mais pour produire un impact durable, ces technologies devront aussi répondre aux réalités du terrain : accès à Internet, formation des professionnels et financement à long terme.
Au programme
- Un accès aux soins encore très inégal
- L’intelligence artificielle comme outil d’appui aux soignants
- Des initiatives sénégalaises déjà engagées
- Le défi de la connexion et de l’accès au numérique
- Ce que les expériences étrangères peuvent apprendre au Sénégal
- Miser sur des solutions adaptées aux réalités sénégalaises
- L’IA peut-elle réellement transformer la santé au Sénégal ?
Un accès aux soins encore très inégal
Au Sénégal, le manque de médecins reste une réalité, particulièrement en dehors de Dakar. Dans certaines régions, les patients doivent parcourir de longues distances pour consulter un spécialiste.
À Tambacounda, par exemple, il n’y a pas de cardiologue. Les patients doivent parfois parcourir près de 200 kilomètres pour accéder à ce type de consultation.
Les hôpitaux et centres de santé situés loin de la capitale font également face à un manque de personnel et de matériel. Cette situation complique la prise en charge des patients, notamment lorsqu’un diagnostic spécialisé est nécessaire.
L’intelligence artificielle comme outil d’appui aux soignants
Face à ces difficultés, plusieurs projets expérimentent déjà l’utilisation de l’intelligence artificielle pour accompagner les professionnels de santé.
Dans un village sénégalais, par exemple, un infirmier peut prendre en photo la radiographie des poumons d’un patient avec son téléphone. Une application analyse ensuite l’image et peut indiquer, en quelques secondes, si le patient présente des signes compatibles avec la tuberculose.
Auparavant, la radiographie devait parfois être envoyée à l’hôpital régional pour être examinée par un spécialiste, avec des délais pouvant dépasser une semaine.
L’objectif n’est pas de remplacer les médecins. Ces outils peuvent surtout aider les infirmiers et les agents de santé à identifier plus rapidement les cas qui nécessitent une prise en charge ou des examens complémentaires.
Des initiatives sénégalaises déjà engagées
Plusieurs jeunes entreprises et institutions sénégalaises travaillent déjà sur ces enjeux.
C’est notamment le cas de Kera Health, une start-up fondée à Dakar. L’entreprise a développé une plateforme utilisant l’intelligence artificielle pour connecter, au sein d’un même environnement, les patients, les médecins, les pharmacies et les assurances.
La solution s’adresse notamment aux populations qui rencontrent aujourd’hui le plus de difficultés pour accéder aux soins, comme les travailleurs du secteur informel et les femmes.
En 2025, Kera Health a reçu un financement de la Société financière internationale, une institution membre du Groupe de la Banque mondiale. Cette opération représente une reconnaissance importante pour une entreprise spécialisée dans la santé numérique au Sénégal.
De leur côté, des équipes de l’Institut Pasteur de Dakar expérimentent également des outils d’intelligence artificielle pour améliorer la détection précoce de certaines maladies et accompagner les professionnels de santé, y compris dans les zones les plus isolées.
Le défi de la connexion et de l’accès au numérique
L’utilisation de ces technologies se heurte toutefois à une difficulté majeure : l’accès à Internet.
De nombreuses familles vivant en zone rurale ne disposent pas d’une connexion stable ou accessible à domicile. Or, un outil numérique, même performant, reste difficile à utiliser s’il dépend d’une connexion qui n’est pas disponible.
Le développement de solutions capables de fonctionner avec une connexion limitée, voire hors ligne dans certaines situations, pourrait donc être déterminant pour élargir leur utilisation dans les zones les moins connectées.
Ce que les expériences étrangères peuvent apprendre au Sénégal
L’expérience d’autres pays montre que la technologie peut améliorer l’accès aux soins, mais qu’elle ne constitue pas une solution suffisante à elle seule.
Au Rwanda, un service de consultation médicale par téléphone a été largement utilisé. Il a permis à des millions de patients d’obtenir des conseils médicaux et a aidé les infirmiers à prendre en charge de nombreux cas simples sans intervention directe d’un médecin. Le service a toutefois fini par s’arrêter, notamment en raison de difficultés liées à son financement sur le long terme.
En Inde, des outils d’intelligence artificielle capables de détecter la tuberculose à partir de radiographies ont permis d’identifier davantage de cas. Cette approche est aujourd’hui reconnue par l’Organisation mondiale de la santé dans certaines conditions d’utilisation.
Ces expériences montrent une chose essentielle : une technologie peut être efficace, mais son impact dépend aussi de son intégration dans le système de santé, de la formation des utilisateurs et de l’existence d’un financement durable.
Miser sur des solutions adaptées aux réalités sénégalaises
Pour le Sénégal, l’enjeu pourrait être de renforcer les initiatives déjà présentes sur le terrain, comme celles développées par Kera Health ou par les équipes de recherche de l’Institut Pasteur de Dakar.
Les solutions devront également être adaptées aux réalités locales, notamment dans les zones où la connexion Internet reste limitée. Les infirmiers et les agents de santé locaux auront aussi un rôle central dans l’adoption de ces outils au quotidien.
La question du financement sera tout aussi importante. Pour avoir un impact durable, ces technologies devront trouver leur place dans les mécanismes existants du système de santé, notamment ceux liés à la couverture maladie universelle.
L’IA peut-elle réellement transformer la santé au Sénégal ?
L’intelligence artificielle ne changera pas, à elle seule, le système de santé sénégalais. Elle ne remplacera ni les médecins, ni les hôpitaux, ni les investissements nécessaires dans les infrastructures sanitaires.
En revanche, lorsqu’elle répond à des besoins concrets, comme le manque de spécialistes, l’éloignement des structures de santé ou les difficultés de suivi médical, elle peut devenir un outil utile.
Son véritable potentiel dépendra moins de la technologie elle-même que de la manière dont elle sera déployée. L’enjeu sera de développer des solutions accessibles, adaptées aux réalités locales et capables de s’inscrire durablement dans le système de santé sénégalais.



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