L’Afrique du Sud construit l’infrastructure d’identité numérique de demain avec MyMzansi
L’Afrique du Sud fait un grand pas dans sa transformation numérique avec un projet qui pourrait profondément modifier la relation entre les citoyens, l’administration et les services numériques....
L’Afrique du Sud fait un grand pas dans sa transformation numérique avec un projet qui pourrait profondément modifier la relation entre les citoyens, l’administration et les services numériques. Baptisé MyMzansi, ce système d’identité numérique s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’État sud-africain, autour des infrastructures publiques numériques (Digital Public Infrastructure, ou DPI).
Au programme
- D’un système administratif fragmenté à une identité numérique unifiée
- Une identité numérique mobile et biométrique
- Une infrastructure clé pour la fintech et les services numériques
- Une stratégie de Digital Public Infrastructure à long terme
- Entre inclusion numérique et préoccupations liées aux données
- L’Afrique du Sud serait-elle un laboratoire régional ?
- Une nouvelle génération d’infrastructures publiques africaines
Derrière ce projet, l’ambition dépasse largement la simple dématérialisation des cartes d’identité. Le gouvernement cherche à construire un socle numérique capable de connecter administrations, services publics et, potentiellement, acteurs privés autour d’une identité unifiée.
D’un système administratif fragmenté à une identité numérique unifiée
L’Afrique du Sud dispose déjà d’une base solide : registre national de population, cartes d’identité biométriques et infrastructures de données relativement avancées comparées à d’autres pays africains.
Mais jusqu’ici, les services publics fonctionnaient encore de manière largement cloisonnée. Chaque ministère disposait de ses propres procédures, plateformes et systèmes de vérification.
Avec MyMzansi, le gouvernement veut passer à une logique intégrée. Lancée en 2025 sous forme de portail pilote, la plateforme doit progressivement devenir un guichet numérique unique, capable de centraliser l’accès à plusieurs services publics via une seule identité.
Cette orientation a été renforcée en mai 2026 avec la publication d’un projet de règlement par le ministère sud-africain de l’Intérieur, ouvrant officiellement la voie à l’introduction d’une identité numérique nationale. Le texte est actuellement soumis à consultation publique.
Une identité numérique mobile et biométrique
Concrètement, MyMzansi prendra principalement la forme d’une application mobile. Les utilisateurs pourront y stocker des versions numériques sécurisées de leurs documents officiels : carte d’identité, permis de conduire ou autres justificatifs administratifs.
Le système repose fortement sur la biométrie. Le renouvellement de l’identité numérique pourra, par exemple, être effectué à distance grâce à une vérification faciale par selfie, combinée à des mécanismes de “liveness detection” destinés à empêcher les fraudes utilisant photos ou vidéos.
Plusieurs technologies d’authentification sont également prévues :
- NFC pour la lecture sécurisée des documents
- QR codes pour les vérifications rapides
- Bluetooth pour certaines interactions locales
L’objectif est de créer une identité numérique capable d’être utilisée aussi bien dans les administrations que dans les services numériques privés.
Une infrastructure clé pour la fintech et les services numériques
L’un des enjeux majeurs de MyMzansi concerne la fintech et l’économie numérique.
Aujourd’hui, la vérification d’identité reste un défi pour de nombreuses plateformes financières africaines. Les processus de KYC (Know Your Customer) peuvent être coûteux, fragmentés ou peu fiables, freinant l’accès aux services financiers numériques.
En centralisant l’identité numérique autour d’un système gouvernemental sécurisé, l’Afrique du Sud pourrait considérablement simplifier ces procédures.
À terme, MyMzansi pourrait servir de base pour l’ouverture de comptes bancaires, les services de paiement, les assurances numériques, les crédits en ligne, ou encore les contrôles AML/CFT (lutte anti-blanchiment).
Cette logique rappelle les infrastructures numériques développées dans certains marchés asiatiques, où l’identité numérique est devenue un socle pour l’innovation financière.
Une stratégie de Digital Public Infrastructure à long terme
Le projet MyMzansi s’inscrit dans une roadmap plus large couvrant la période 2025–2030. Le gouvernement sud-africain veut progressivement construire une véritable infrastructure publique numérique.
La première phase prévoit :
- le déploiement du Digital ID
- l’intégration des premières plateformes de paiement
- la création de registres de données unifiés
La seconde phase devrait élargir le système à d’autres secteurs comme la santé, l’éducation ou les services aux entreprises.
L’objectif affiché est de faire de MyMzansi une “Single Source of Truth”, autrement dit une référence centrale pour les données d’identité utilisées dans l’ensemble des services publics.
Entre inclusion numérique et préoccupations liées aux données
Mais comme dans tous les projets d’identité numérique centralisée, les questions de sécurité et de protection des données restent centrales.
Le gouvernement affirme vouloir sécuriser le système grâce au chiffrement des données, à la biométrie et à des mécanismes avancés de vérification. Le cadre réglementaire devra également respecter la loi sud-africaine POPIA, qui encadre la protection des données personnelles.
Cependant, plusieurs organisations soulignent déjà les risques potentiels liés à la centralisation massive d’informations sensibles. Une base de données nationale unifiée devient naturellement une cible stratégique pour les cyberattaques.
La question de l’inclusion numérique constitue également un enjeu important. Même si l’identité numérique restera facultative et coexistera avec les documents physiques, le modèle reste fortement orienté smartphone.
Dans un pays marqué par de fortes inégalités d’accès au numérique, la capacité du système à intégrer les populations rurales, âgées ou moins connectées sera déterminante.
L’Afrique du Sud serait-elle un laboratoire régional ?
Au-delà du marché sud-africain, MyMzansi pourrait aussi influencer d’autres initiatives africaines autour de l’identité numérique. Plusieurs pays du continent comme le Togo, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, travaillent déjà sur des systèmes similaires.
À terme, la question de l’interopérabilité pourrait devenir stratégique. Une identité numérique reconnue entre plusieurs pays africains ouvrirait la voie à de nouveaux usages : paiements transfrontaliers, services régionaux ou mobilité administrative simplifiée.
Une nouvelle génération d’infrastructures publiques africaines
Avec MyMzansi, l’Afrique du Sud ne cherche pas simplement à moderniser son administration. Le pays tente de construire une infrastructure numérique capable de soutenir l’ensemble de son économie digitale.
Ce type de projet marque une évolution importante dans la transformation numérique africaine. L’enjeu ne porte plus uniquement sur les applications ou les plateformes, mais sur la création de couches d’infrastructure communes : identité, paiements, données.
Et dans cette nouvelle phase, les États africains pourraient jouer un rôle de plus en plus structurant dans l’écosystème technologique du continent.



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