Comment le mobile money s’est imposé comme le moteur de la croissance économique au Gabon
Longtemps perçu comme un marché financier relativement restreint, le Gabon connaît aujourd’hui une accélération notable de son écosystème fintech, portée principalement par le mobile money. Dans un...
Longtemps perçu comme un marché financier relativement restreint, le Gabon connaît aujourd’hui une accélération notable de son écosystème fintech, portée principalement par le mobile money. Dans un pays où la bancarisation classique reste limitée mais où la pénétration du téléphone mobile dépasse largement les 100 %, les services financiers numériques deviennent progressivement une infrastructure essentielle de l’économie quotidienne.
Au programme
Les chiffres illustrent cette montée en puissance. En 2024, les transactions mobile money ont dépassé 4 000 milliards de F CFA, selon FinDev Gateway, confirmant le rôle central du secteur dans les échanges économiques du pays. Airtel Money et Moov Money dominent largement le marché, avec plus de 368 millions d’opérations traitées sur l’année, en hausse de plus de 16 %.
Le mobile money s’impose comme la véritable “banque de poche” des Gabonais
Le paradoxe gabonais est révélateur d’une tendance observée dans plusieurs marchés africains : la faible bancarisation coexiste avec une forte adoption des services financiers mobiles.
Selon l’UNCDF, moins d’un Gabonais sur cinq dispose d’un compte bancaire classique. Pourtant, le pays comptait déjà environ 4,7 millions de comptes mobile money fin juin 2025, soit une progression de 21 % sur un an. Parmi eux, 1,7 million sont considérés comme actifs, preuve que les usages dépassent désormais la simple ouverture de comptes.
Cette dynamique s’explique en grande partie par le niveau élevé d’équipement mobile. Avec un taux de pénétration télécom estimé entre 135 % et 143 %, le téléphone est devenu le principal point d’accès aux services financiers.
Dans les faits, le mobile money permet aujourd’hui de :
- recevoir des transferts
- payer certains services
- stocker de l’argent sous forme électronique
- effectuer des paiements du quotidien
Pour une partie importante de la population, il remplit déjà des fonctions historiquement assurées par les banques.
Les transferts internationaux deviennent le principal moteur de croissance
L’un des phénomènes les plus marquants de ces derniers mois reste l’explosion des transferts internationaux via mobile money.
Selon les données relayées par l’Agence Ecofin, les transferts au sein de la zone CEMAC ont progressé de 64 % en glissement annuel au deuxième trimestre 2025. Les transferts hors CEMAC affichent une croissance encore plus spectaculaire, avec une hausse de 170 % sur la même période.
Cette évolution traduit plusieurs réalités économiques. D’abord, le rôle croissant des diasporas dans les échanges financiers. Ensuite, la recherche de solutions plus rapides et accessibles pour envoyer de l’argent entre pays africains ou vers l’Europe.
Aujourd’hui, les transferts internationaux représenteraient déjà environ 16 % du chiffre d’affaires du secteur mobile money au Gabon, preuve qu’ils sont devenus un segment stratégique pour les opérateurs.
Une transformation progressive des usages économiques
Au-delà des chiffres, le mobile money modifie progressivement le fonctionnement de l’économie gabonaise.
La circulation accrue de monnaie électronique contribue à réduire la dépendance au cash, tout en facilitant les échanges commerciaux et les transferts familiaux. Dans de nombreuses zones, les bénéficiaires reçoivent désormais directement l’argent sur leur wallet, ce qui accélère les dépenses locales et fluidifie les transactions.
Cette évolution crée aussi de nouvelles opportunités pour les entreprises et les fintech locales. Des acteurs émergents comme CLIKPAY cherchent désormais à développer des services complémentaires : paiement marchand, micro-crédit, gestion de flux ou solutions pour les petits entrepreneurs.
Le mobile money devient ainsi une plateforme d’innovation financière plus large.
Un écosystème prometteur mais encore concentré
Malgré cette croissance, l’écosystème gabonais reste relativement concentré autour des grands opérateurs télécoms. Le cadre réglementaire évolue lentement, notamment pour l’obtention des licences d’établissement de paiement ou d’émetteur de monnaie électronique.
Cette situation limite encore l’arrivée massive de nouvelles fintech, contrairement à d’autres marchés africains plus ouverts.
Mais cette concentration présente aussi un avantage : elle a permis aux opérateurs historiques de construire rapidement des infrastructures solides et de familiariser les utilisateurs avec les services numériques.
Le Gabon comme laboratoire fintech de la CEMAC
Dans l’espace CEMAC, le Gabon apparaît aujourd’hui comme l’un des marchés les plus avancés en matière de mobile money. Cette position pourrait lui permettre de devenir un terrain d’expérimentation pour les futurs paiements intra-africains et les services financiers régionaux.
Le véritable enjeu des prochaines années sera désormais de transformer cette adoption massive en un écosystème plus diversifié, capable d’intégrer davantage de services financiers, de crédit et de solutions pour les entreprises.
Car derrière la croissance du mobile money, c’est toute la question de l’inclusion financière et de la modernisation de l’économie gabonaise qui se joue progressivement.



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