AXIAN et la BAD misent sur la fintech pour réduire le déficit de financement des femmes entrepreneures en Afrique
À Madagascar, au Sénégal et en Tanzanie, AXIAN et la Banque africaine de développement veulent utiliser les services financiers numériques pour rapprocher 34 000 entreprises dirigées par des femmes...
À Madagascar, au Sénégal et en Tanzanie, AXIAN et la Banque africaine de développement veulent utiliser les services financiers numériques pour rapprocher 34 000 entreprises dirigées par des femmes des financements formels. Au-delà des prêts, l’initiative pousse à se poser une question stratégique : est-ce que les fintech peuvent réellement devenir un levier de bancarisation et de croissance pour l’entrepreneuriat féminin africain ?
Au programme
En Afrique, le mobile money est devenu un outil d’accès au capital
Pour de nombreuses petites entreprises africaines, le problème central n’est pas nécessairement l’absence d’activité, mais la difficulté à transformer cette activité en capacité d’emprunt. Une entrepreneure peut générer des revenus réguliers tout en restant difficile à évaluer pour une banque si elle ne dispose ni d’un historique bancaire suffisamment long, ni de garanties, ni d’états financiers formalisés.
C’est précisément sur cette frontière que le nouveau programme porté par AXIAN et la Banque africaine de développement (BAD) entend intervenir.
L’initiative doit toucher 34 000 MPME dirigées par des femmes à Madagascar, en Tanzanie et au Sénégal, en s’appuyant notamment sur les plateformes financières numériques d’AXIAN, Mixx et MVola. Paiements mobiles, prêts numériques et méthodes alternatives d’évaluation de la solvabilité doivent permettre de mieux servir des entrepreneures encore insuffisamment couvertes par les circuits financiers traditionnels.
L’enjeu dépasse donc le simple octroi d’un crédit. Il s’agit plutôt de créer un parcours numérique permettant potentiellement à une petite entreprise de passer progressivement de l’économie informelle vers des services financiers plus structurés.
Le défi est de transformer les données d’usage en historique financier
C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de cette initiative pour les écosystèmes fintech africains.
Les transactions numériques peuvent progressivement constituer une trace de l’activité économique d’une entreprise : fréquence des paiements, volumes de transactions, régularité des revenus ou comportement de remboursement. Ces données peuvent, sous certaines conditions, contribuer à une évaluation de la solvabilité différente de celle traditionnellement utilisée par les banques.
Pour les femmes entrepreneures qui ne disposent pas de garanties importantes, ce changement de modèle peut être déterminant.
Mais il implique aussi des exigences fortes en matière de protection des données, de transparence des algorithmes et de responsabilité dans la décision de crédit. Le scoring alternatif ne doit pas simplement remplacer une barrière traditionnelle par une nouvelle forme d’exclusion numérique.
La réussite du programme se mesurera donc moins au nombre de prêts distribués qu’à la capacité de ces outils à financer durablement des entreprises viables.
Le financement ne suffit pas à faire grandir une entreprise
Autre enseignement du programme : l’accès au crédit n’est qu’une partie du problème.
La BAD et AXIAN prévoient ainsi de former 25 000 femmes à Madagascar, en Tanzanie, au Sénégal, au Togo et aux Comores. Éducation financière, compétences numériques et entrepreneuriat doivent compléter le volet financier.
Cette approche est essentielle. Un prêt peut permettre d’acheter du stock ou d’investir dans un équipement, mais il ne résout pas automatiquement les difficultés liées à la gestion de trésorerie, à la comptabilité, à la commercialisation numérique ou à la structuration d’une entreprise.
Pour les fintech africaines, le modèle pourrait donc évoluer vers des plateformes proposant non plus uniquement un portefeuille électronique ou un crédit, mais un écosystème de services pour les petites entreprises : paiements, financement, épargne, assurance, outils de gestion et accompagnement.
Le Sénégal serait-il le laboratoire d’une nouvelle finance entrepreneuriale ?
Pour le Sénégal, l’initiative intervient dans un environnement particulièrement dynamique pour les services financiers numériques. L’enjeu sera désormais de déterminer si les infrastructures de paiement peuvent être converties en véritables infrastructures de financement pour les TPME.
Le défi est considérable. Selon les données citées dans le cadre du programme, le déficit de financement des entreprises dirigées par des femmes en Afrique atteint 49 milliards de dollars, alors même que le continent possède le taux d’entrepreneuriat féminin le plus élevé au monde.
Le soutien d’AFAWA, l’initiative de la BAD en faveur du financement des femmes en Afrique, et de We-Fi donne à cette expérimentation une dimension supplémentaire. Elle s’inscrit également dans une relation plus large entre la BAD et AXIAN : en janvier 2025, l’institution avait approuvé un financement de 160 millions de dollars pour AXIAN Telecom, destiné notamment au développement de la connectivité numérique et de l’inclusion financière dans neuf pays africains.
La prochaine étape sera donc de mesurer l’impact réel : combien d’entreprises auront obtenu leur premier financement formel ? Combien auront augmenté leur chiffre d’affaires ? Combien auront créé des emplois ? Et surtout, combien resteront financées après la fin du programme ?
C’est à ces indicateurs, plus qu’au nombre de bénéficiaires annoncés, que l’on pourra juger si la fintech est en train de changer structurellement l’accès des femmes africaines au capital.



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